L'AMANT (1984)

MARGUERITE DURAS (1914-1996)
  • Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans les colonies du Cochinchine. Le père était directeur d'une école à Saïgon et sa mère y était institutrice.
  • Marguerite Duras (née Marguerite Donnadieu) va d'abord grandir à Saïgon, puis après avoir obtenu son baccalauréat, elle partira poursuivre ses études en France. Il y a trois enfants dans la famille et les deux frères de Marguerite s'appellent Pierre et Paul. 
  • Elle aura toujours un dégoût pour son frère aîné que sa mère privilégiait ouvertement et qui savait en profiter. Elle ira même jusqu'à écrire vouloir le tuer.
  • Dramaturge, scénariste, cinéaste et bien-sûr romancière, Marguerite Duras est connue pour la déstructuration de la prose comme des personnages, une façon subconsciente et cyclique de narrer avec des retour en arrière, des précisions, ce qui donne l'impression, peut-être, d'un monologue intérieur.
  • "L'amant" vaut à son auteur le Prix Goncourt en 1984 et remporte un énorme succès en librairie avec plus de 250.000 exemplaires vendus avant l'obtention du prix Goncourt. Traduit dans 35 pays, il s'est vendu au total à 2.400.000 exemplaires à travers le monde.
  • "L'amant" a été adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud en 1992, mais Marguerite Duras n'hésitera pas à totalement répudier le film qui n'était pas conforme au roman et à ses intentions.
  • Pour se ré-approprier le roman, elle écrira "L'amant de la Chine du Nord" en 1991 (juste avant la sortie du film) qui raconte plus ou moins la même histoire que "L'amant" et qui confirme le fait que la rencontre autobiographique entre la jeune fille de 15 ans et le riche Chinois, le cliché (littéralement et symboliquement) que cette rencontre représente, n'est qu'un prétexte pour dériver vers l'auto-fiction et l'inconscient.

VIDÉO Nº 1: Extrait d'Apostrophes (1987)
"Le livre s'appelait avant, La photographie absolue



Transcription
Bernard Pivot: L'amant. Nous sommes à Saïgon entre les deux guerres, dans les années 20, vous avez 15 ans et demi et vous êtes sur un bac qui traverse le fleuve, c'est-à-dire le Mekong. Vous êtes drôlement attifée quand même... Vous êtes attifée comment? Racontez-nous.

Marguerite Duras: J'ai un chapeau d'homme, un feutre... rose.

Bernard Pivot: "Un feutre couleur de bois rose aux larges rubans noirs." Et aux pieds?

Marguerite Duras: J'ai eu ce chapeau-là. Vraiment, je l'ai eu. Aux pieds, j'ai des lamés or, des souliers pour danser.

Bernard Pivot: Vraiment sur le bac, évidemment, vous devez... On doit vous remarquer. Aujourd'hui, on vous remarquerait à peine, c'est une mode qui se porte couramment chez les jeunes filles...

Marguerite Duras: Oui, c'est vrai.

Bernard Pivot: Aujourd'hui on ne vous remarquerait pas, mais à cette époque, on vous remarque et d'ailleurs quelqu'un vous a remarqué qui est dans une grande limousine noire et vos regards se croisent. Et on peut dire... Est-ce qu'on peut dire que cet échange de regards va changer votre vie?

Marguerite Duras: Oui. Le livre s'appelait avant, "La photographie absolue." Il m'a été commandé ce livre. Attention. Et cette photographie absolue n'avait pas été prise, si vous voulez. C'était celle-là, cet instant-là du bac. On n'aurait rien vu qu'un homme, une auto noir et une jeune fille et des cars pour indigènes mais c'est de là que tout est parti, le fleuve une fois traversé.

Bernard Pivot: Qui y-a-t-il dans la voiture noire, une Maurice Léon Bollée?

Marguerite Duras: Mais, je n'en vois plus de ces autos-là...

Bernard Pivot: Ah ben oui, elles sont dans les musées.

Marguerite Duras:Je pense que si on s'était assis l'un devant l'autre, on aurait été à cette distance-là, dans cette auto. C'était gigantesque.

Bernard Pivot: Alors, qui vous regarde?

Marguerite Duras: C'est un chinois très riche.

Bernard Pivot: Vous ne le savez pas qu'il est riche à ce moment-là...

Marguerite Duras: Si, je le sais à l'automobile et puis au chauffeur. Je sais des choses comme ça.

Bernard Pivot: Il a 12 ans de plus que vous.

Marguerite Duras: J'ai 15 ans, il a 27 ans. Oui, c'est ça.

Bernard Pivot: Et vous savez, on a l'impression que vous savez qu'il va devenir votre amant, votre premier amant...

RÉSUMÉ DE L'AMANT
Dans ce roman d'inspiration autobiographique, Marguerite Duras se rappelle la relation amoureuse qu'elle a eue quand elle n'était alors qu'adolescente avec un homme chinois beaucoup plus âgé qu'elle. Le récit de cette aventure qui se passe à Saïgon est surtout le prétexte pour l'auteure et protagoniste de revisiter son passé et ses années d'adolescence. A travers ses souvenirs, le lecteur peut d'abord percevoir la relation compliquée de l'enfant avec sa mère dont l'humeur était très instable et le dégoût que lui inspirait son frère aîné, le préféré de la mère, mais aussi la tentation des interdits et la nécessité de dissimuler ces transgressions... Une relation, entre une Française et un Chinois, n'étant pas concevable pour les deux cultures à cette époque. La narration au sujet de cet amour fou et impossible se termine avec le départ de la jeune fille pour la France sous le regard très au loin de son amant.

Les premières pages
EXTRAIT Nº 1: 
"J'ai un visage détruit."






Un secret difficile à garder... 
EXTRAIT Nº 2
"Moi je suis partie, je me suis arrachée."







LE DÉPART ET LES "ADIEUX"
EXTRAIT Nº 3
"Elle savait qu'il la regardait."







QUELQUES ANNÉES PLUS TARD...

EXTRAIT Nº 4
"Je voulais seulement entendre votre voix."