LE DEUXIÈME SEXE (1949)

SIMONE DE BEAUVOIR (1908-1986)

  • Le deuxième sexe n'est pas un roman mais un essai culte dans lequel Simone de Beauvoir (qui a 41 ans au moment de sa publication) analyse la place de la femme dans la société, l'histoire, la littérature et d'une manière plus générale dans l'inconscient collectif en France mais aussi dans d'autres pays.
  • Cet essai qui comporte deux volumes et, au total, plus de 1000 pages est très fortement inspiré et guidé par la philosophie existentialiste qui croit au fait que l'homme peut créer sa vie et son destin par ses propres actions selon sa volonté et qu'il n'est pas soumis au déterminisme historique ou social.
  • Dans son essai, Simone de Beauvoir met en place un raisonnement presque scientifique qui repose sur des faits et preuves établies. Profondément féministe et objective, cette oeuvre est majeure pour tous les féministes et continue d'être systématiquement citée aujourd'hui. 
  • Simone de Beauvoir, née dans un milieu très catholique et aisé, est l'illustration même de l'existentialisme qu'elle prône. Révoltée par l'enseignement catholique, elle devient athée et s'intéresse à la littérature, devenant professeure, ce qui représente une véritable provocation pour son père, comme elle le raconte dans son autobiographie "Mémoires d'une jeune fille rangée" (1958). 
  • De plus, Simone de Beauvoir sera la compagne de Jean-Paul Sartre mais ils ne seront jamais mariés et ne vivront jamais sous le même toit. Tous les deux choisiront d'adopter plutôt que de concevoir des enfants. Dans cette union libre, ils se permettront aussi d'avoir des amants et de ne pas s'en cacher. Symbole de cette union très unique et peu conventionnelle, ils sont enterrés dans la même tombe au cimetière du Montparnasse à Paris.

La tombe commune de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre



VIDÉO Nº 1: La première apparition à la télévision (1975) de Simone de Beauvoir. Entretien avec Jean-Louis Servan-Schreiber.
  
"Être femme, c'est le résultat d'une histoire."



Transcription

-"On ne naît pas femme: on le devient."

-Oui, c'est en somme la formule qui résume l'ensemble de mes thèses et ce qu'elle signifie est très simple. C'est que être femme, ce n'est pas une donnée naturelle. C'est le résultat d'une histoire. Il n'y a pas un destin biologique, psychologique qui définisse la femme en tant que telle. C'est une histoire qui l'a faite. D'abord l'histoire de la civilisation qui aboutit à son statut actuel et d'autre part, pour chaque femme particulière, c'est l'histoire de sa vie, en particulier, c'est l'histoire de son enfance qui la détermine comme femme, qui crée en elle quelque chose qui n'est pas du tout une donnée, une essence, qui crée en elle ce qu'on appelait quelque fois l'éternel féminin, la féminité. Et plus les études psychologiques sur les enfants s'approfondissent, plus il est sensible, plus on voit avec évidence que vraiment le petit bébé féminin est fabriqué pour devenir une femme. Il y a là-dessus un excellent livre qu'une Italienne vient d'écrire, Elena Bellotti, ça s'appelle "Du côté des petites filles" et on montre comment déjà bien avant que l'enfant ne soit même conscient, on inscrit dans son corps, dans la manière de le faire téter, de le porter, de le bercer, etcetera, etcetera...
On inscrit dans son corps ce qui, plus tard, apparaîtra peut-être comme un destin.

-Les différences biologiques qui sont évidentes, vous considérez que elles ne jouent pas de rôles dans le comportement ultérieur éventuel de l'individu?

-Je pense qu'elles peuvent en jouer un. Si, elles en jouent un certainement. Mais l'importance qui leur est accordé, l'importance que prennent ces différences, vient d'un contexte social dans lequel elle se situe. Je veux dire que, bien entendu c'est très important qu'une femme puisse être enceinte, avoir des enfants tandis ce que l'homme ne peut pas. Ça fait une grande différence entre les deux mais ce n'est pas cette différence qui fonde la différence de statuts et l'état d'exploitation et d'oppression auquel est soumis la femme. C'est en quelque sorte un prétexte autour duquel se construit la condition féminine. Ce n'est pas cela qui détermine cette condition.


RÉSUMÉ DU DEUXIÈME SEXE (1949)

Il y a deux volumes et l'ouvrage est divisé en deux approches. Dans le premier volume, Simone de Beauvoir examine la représentation de la femme, son identité, dans l'Histoire et dans les mythes à travers les différents points de vue anthropologique, biologique, psychanalytique, matérialiste, historique et littéraire. L'oppression de la femme par l'homme résulte, non pas d'une cause simple et unique, mais de la convergence de tous ces points de vue réducteurs.
De Beauvoir s'intéresse ensuite à définir ce qu'est "l'éternel féminin", un véritable mythe qui crée un idéal de femme et une attente chez l'homme qui sera généralement déçue. Du fait de cet éternel/idéal féminin, les femmes réelles seront toujours envisagées comme des êtres imparfaits, incomplets, inachevés. Dans le deuxième volume, qui commence avec la célèbre phrase, "On ne naît pas femme: on le devient", explique en quoi, depuis l'enfance jusqu'à l'adolescence, la femme est une construction et la conséquence d'un endoctrinement social. Tous les aspects de la vie sont analysés, y compris bien sûr la sexualité et les relations sexuelles. Chaque fois, la femme doit accepter le rôle monotone, passif, aliénant et réducteur de mère au foyer devant contenter tous les désirs de l'homme. Cependant, De Beauvoir considère aussi que trois attitudes féminines inauthentiques contribuent à favoriser l'aliénation des femmes, c'est-à-dire l'abandon de la liberté (cruciale dans la philosophie existentialiste) au profit de l'objet: la narcissique (elle-même), l'amoureuse (le bien-aimé) et la mystique (Dieu).
En conclusion, Simone de Beauvoir préconise à la femme, qui souhaite se libérer de son rôle subordonné dans la société et l'histoire, de ne pas se marier, de pouvoir être indépendante économiquement (1965: première loi qui permet aux femmes d'ouvrir un compte en banque et de travailler sans demander/avoir l'accord de leur mari...!) pour pouvoir mener des projets. Il faut aussi que la contraception (1974) et le droit à l'avortement (1975) soient légaux.



EXTRAIT Nº 1:
"Il y a autant de femmes que d'hommes sur terre."
Contexte
Il s'agit d'un extrait de l'introduction du premier volume.




EXTRAIT Nº 2: 
"On ne naît pas femme: on le devient."
Contexte
Il s'agit du début du deuxième volume où l'auteure analyse depuis l'enfance jusqu'à l'adolescence, la femme comme une pure construction qui est conséquence d'un endoctrinement social.





EXTRAIT Nº 3
"Les moeurs l'incitent à s'aliéner ainsi dans son image."
Contexte
Il s'agit du chapitre VII du deuxième volume. L'auteure y examine le rôle mondain de la femme tel qu'il est dicté par les attentes et conventions sociales.







EXTRAIT Nº 4
Le début de la conclusion